Chronique d’un film, réalisé par Jean Rouch et Edgar Morin, et monté par François Bucher en 2011 à partir des rushs de Chronique d’un été. Le film avait été partagé sur La Loupe au printemps 2020.
Edgar Morin, dans "Les Souvenirs viennent à ma rencontre' en 2011 : Nous tournions inlassablement encore au début de l’automne, et avions accumulé plus de vingt heures de pellicule, mais le producteur nous somma d’arrêter. Il fallait monter à partir de tant de rushs un film d’une heure et demie. Il fut décidé que Rouch proposerait un montage, puis que je proposerais le mien. Après la projection de son montage, je me préparai à faire le mien, mais me jugeant incompétent dans cette technique (à laquelle j’avais pourtant beaucoup réfléchi), Dauman décida qu’il n’y en aurait pas de second, et je pus seulement imposer quelques modifications, ajouts et retraits au montage de Rouch, opéré par Lena Baratier. Pour moi, ce film fut une bouteille tantôt à moitié pleine, tantôt à moitié vide, où je voyais surtout ce qui manquait. Les séquences pathétiques où l’émotion montait progressivement étaient coupées pour ne garder que leur paroxysme. Le caractère réflexif du film où Rouch et moi, à diverses reprises, intervenions pour faire le point et prendre des décisions a disparu, sauf dans la séquence finale où, après avoir fait se rencontrer les protagonistes pour arriver à une compréhension mutuelle (ce qui n’arriva que très partiellement et provoqua bien des incompréhensions), nous épiloguions Rouch et moi sur notre entreprise. Cinquante années plus tard, un jeune admirateur du film, François Bucher, retrouve les rushs, que l’on croyait perdus au musée de l’Homme, oubliés dans une armoire au CNRS, et, suivant les indications chronologiques que j’avais données dans le petit livre consacré au film, il a pu reconstituer l’essentiel dans son vrai déroulement en un film d’environ cinq heures. Mais ce véritable Chronique d’un été ne peut être projeté qu’en privé. Florence Dauman, fille du producteur et devenue productrice d’Argos film, refuse toute reconnaissance de cette version authentique, laquelle ne saurait être vraiment commercialisée, mais pourrait passer en cinq séances sur une chaîne de télévision.
Certains saluent Chronique d’un été comme un chef-d’œuvre, mais le vrai chef-d’œuvre est méconnu.
Il a été question de tourner Vingt ans après avec les mêmes protagonistes, mais Dauman voulait en confier la seule responsabilité à Rouch alors que je tenais à la partager. « Comment vis-tu ? » était mon idée, mon obsession d’alors, devenue obsession permanente.